Vivre avec un corps qui improvise 

Au début, il y a un mot : SOPK. Un de ces acronymes qu’on entend sans vraiment les écouter. On le range mentalement entre deux notions vaguement médicales, avec cette pensée très honnête : « ok… ça a l’air important… mais je verrai plus tard. »

Et puis un jour, ce mot a un visage : celui de ma femme.

Et là, étrangement, il perd son côté abstrait.

Parce que derrière ces quatre lettres, il n’y a pas une définition, il y a un quotidien. Un quotidien où le corps ne suit pas toujours le programme, où les cycles ne sont pas vraiment des cycles, où l’imprévisible devient une forme de routine.

Disons que c’est un fonctionnement… créatif.

Ce qui est fascinant, ce n’est pas tant le désordre, c’est la manière dont elle vit avec, sans en faire un sujet central, sans en faire une excuse.

Juste… en s’adaptant, comme si c’était normal.

Et puis il y a ce qu’on appelle, avec beaucoup de calme et très peu de détails : la contraception.

Un mot simple, presque rassurant.

On pourrait croire à une formalité, dans la réalité, c’est plutôt une série de décisions où le mot “confort” n’est pas toujours invité à la discussion.

Et là encore, ce qui surprend, ce n’est pas que ça existe, c’est que ça semble aller de soi. Comme si tout cela faisait partie du package, comme si le corps féminin venait avec une notice invisible, quelque part, qui dirait : « prévoir une certaine capacité d’adaptation. »

Ce qui est encore plus troublant, c’est le silence autour de tout ça, on en parle peu ou alors à demi-mot, comme si c’était à la fois universel… et invisible. Comme si la complexité était normale, donc pas vraiment digne d’intérêt. Et pourtant, quand on regarde d’un peu plus près, il y a une forme d’inégalité assez subtile dans la répartition des choses, pas une inégalité bruyante, pas une revendication permanente, plutôt une organisation implicite du monde.

Une sorte de logique silencieuse où une grande partie de la charge physique, mentale et médicale repose du même côté sans que ça choque vraiment.

Et au milieu de tout ça, il y a elle : Ma femme.

Ce qui me frappe, ce n’est pas ce qu’elle subit, c’est ce qu’elle en fait.

Sa manière de continuer à vivre pleinement dans un corps qui, parfois, décide de compliquer les choses, sa capacité à garder de la légèreté là où il pourrait y avoir de la lassitude.

Et surtout, cet humour, parce qu’il y en a, heureusement. Un humour un peu sec, un peu lucide. Celui qui permet de dire : « bon… aujourd’hui, on va improviser »

Comme si c’était une simple variable d’ajustement, et pas un défi quotidien.

Il y a aussi ces petits moments très concrets. Ceux où un carré de chocolat devient une décision stratégique, où une journée est légèrement réorganisée autour d’un corps qui a décidé de faire entendre son avis.

Rien de spectaculaire, mais une accumulation de détails qui, mis bout à bout, racontent quelque chose de beaucoup plus grand.

On parle souvent de force comme de quelque chose de visible, quelque chose qui impressionne immédiatement. Mais la vraie force, elle ressemble rarement à ça : Elle est discrète, répétée, presque invisible. Elle est dans le fait de continuer, encore et encore, sans mise en scène, sans attente particulière de reconnaissance.

Alors non, ce texte ne parle pas uniquement du SOPK, il parle de ce que ce mot révèle quand on prend enfin le temps de le regarder autrement, il parle de cette capacité qu’ont les femmes à composer avec ce qu’elles n’ont pas choisi, à intégrer des contraintes dans leur quotidien sans en faire une identité.

Et il parle d’elle. De cette façon très à elle de ne jamais se laisser définir par ce que son corps impose parfois, de cette élégance dans l’adaptation, de cette force tranquille qui ne cherche pas à être vue… Mais qui mérite profondément de l’être.

Il n’y a pas vraiment de mode d’emploi, pas de guide clair, pas de solution parfaite. Juste une réalité, parfois complexe, souvent sous-estimée.

Et au milieu de tout ça, une chose assez simple finalement : du courage, le sien et celui de toutes celles qui avancent, chaque jour, avec bien plus de choses à gérer qu’on ne l’imagine, sans bruit, mais avec une force qui, une fois qu’on la voit, devient impossible à ignorer.

Yann

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